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Les familles d'astéroïdes: des corps issus d'objets déjà fragmentés
PARIS (AFP) - Les différentes familles d'astéroïdes situées entre Mars et Jupiter sont issues chacune d'un corps unique, mais un astre déjà fait de fragments ou d'une accumulation de roches, et non un monolithe, affirment jeudi trois astronomes dans la revue Nature.
La destruction d'un tel objet céleste, par collision avec un autre, engendre ainsi des centaines de milliers de fragments dont certains pourront devenir des astéroïdes potentiellement dangereux, les géocroiseurs (ainsi nommés parce que leur orbite viendra croiser celle de la Terre), voire des météorites, ajoute l'équipe de chercheurs conduite par Patrick Michel, du Laboratoire Cassini, unité de l'Observatoire de la Côte d'Azur et du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
On connaît deux ceintures d'astéroïdes dans le Système solaire: l'une située entre Mars et Jupiter, qui pourrait compter, selon des travaux récents, 1,2 million d'astéroïdes, à 500.000 près, l'autre, la ceinture de Kuiper. Faite d'astéroïdes et de noyaux cométaires, cette ceinture de Kuiper est également sise dans le même plan, celui de l'écliptique (plan dans lequel se trouvent également les planètes), au-delà de l'orbite de Neptune, entre 4,5 et quelques dizaines de milliards de kilomètres du Soleil. On connaît actuellement plus de 400 de ces objets.
Dans la ceinture principale, plus de vingt familles d'astéroïdes ont été identifiées à ce jour, d'après leurs caractéristiques spectrales, identiques, et les caratéristiques orbitales, remarquablement similaires, des objets. L'une d'elles, Karin, est un amas qui compte à ce jour 39 astéroïdes de 19 à 2 km, confirme, dans une autre étude publiée également dans Nature, David Nesvorny et trois de ses collègues du Southwest Research Institute à Boulder (Colorado).
C'est cet amas, dont l'équipe de David Nesvorny avait déjà montré qu'il est issu de la fragmentation d'un objet unique, de 25 km, de la ceinture principale survenue il y a 5,8 millions d'années seulement, qu'a étudié, par modélisation, l'équipe de Patrick Michel.
En simulant des collisions d'astéroïdes, afin de déterminer celles qui permettent d'obtenir les principales caractéristiques des objets de la famille Karin, les chercheurs ont ainsi découvert que cet amas était né de la destruction d'un corps comprenant de nombreuses zones de fractures et/ou de vides, et non d'un monolithe.
Tous les membres de cet amas, indiquent par ailleurs les chercheurs, seraient des agrégats formés par réaccumulation gravitationnelle de fragments plus petits nés de la collision. Ce sont certains de ces agrégats qui peuvent être rapidement éjectés de la ceinture principale et devenir des géocroiseurs. Les familles d'astéroïdes déjà connues et plus anciennes que Karin ayant des propriétés semblables, elles doivent avoir une histoire identique, suggèrent Patrick Michel et ses collègues.
De cette structure des astéroïdes dépend aussi l'énergie nécessaire à leur destruction. Aussi, ces travaux pourraient permettre un jour la mise au point de stratégies destinées à dévier de sa trajectoire un géocroiseur jugé dangereux.
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